La communauté médicale de l'hôpital de Navarre démissionne en opposition au GHT proposé par l'ARS

Pour manifester son mécontentement et l'absence de réponse de l'ARS de Normandie, la CME du Nouvel hôpital de Navarre à Évreux a décidé de démissionner. Elle dénonce son rattachement dans le cadre d'un GHT à un établissement MCO et demande une dérogation. Une position suivie par le CTE et le conseil de surveillance.
Le mécontentement commence à sourdre dans les établissements psychiatriques. Après le CH psychiatrique Henri-Laborit de Poitiers (Vienne) ou encore l'hôpital de Ville-Evrard à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis) notamment, c'est au tour de la communauté médicale du Nouvel hôpital de Navarre à Évreux (Eure) de s'opposer au projet de groupement hospitalier de territoire (GHT). En réaction à la dernière proposition faite par l'ARS de Normandie, la commission médicale d'établissement (CME) a pris la décision de démissionner. Une position qu'explique à Hospimedia la présidente de cette CME, le Dr Valérie Péra. 

"Il y a cinq mois nous avons écrit à l'ARS pour leur faire part de notre inquiétude concernant notre rapprochement avec le CHI Eure-et-Seine à Évreux." En effet, l'établissement public de santé (EPS), spécialisé en psychiatrie adulte et infanto-juvénile, serait partie du GHT constitué entre ce CHI, établissement support, et les hôpitaux de Vernon, Bernay, Neubourg (Eure) et celui de L'Aigle (Orne). "Ce n'est pas tant le fait que ce soit cet établissement que nous contestons mais que ce soit un rapprochement MCO-psychiatrie", indique-t-elle. Valérie Péra rappelle notamment qu'en 2012-2013 l'agence de l'époque, l'ARS Haute-Normandie, a souhaité que l'hôpital de Navarre absorbe les activités psychiatriques des hôpitaux généraux de Vernon et d'Évreux et que le pilotage de la psychiatrie du territoire lui revienne. "Les deux activités étaient alors en déshérence totale, note la responsable médicale. Nous commençons à peine à relever la situation que l'on nous demande de nouveau de nous rapprocher d'un établissement MCO, alors que nous n'avons aucune garantie que cela se passe mieux".

La différence de territoire couvert pointée
Autre point soulevé par la communauté médicale : la différence du périmètre territorial entre celui envisagé pour le GHT et celui rattaché à l'hôpital de Navarre. Actuellement, le territoire sectorisé rattaché à cet établissement couvre l'ensemble du département, quand celui du GHT n'en couvre qu'une partie, soit un différentiel de 250 000 habitants. De ce fait, pour pouvoir couvrir l'Eure, explique la présidente de la CME, l'hôpital va devoir engager des "partenariats" avec les autres établissements — le CHI d'Elbeuf-Louviers, le CH de Gisors qui travaillerait avec le CH de Beauvais (Oise) et le CHI Alençon-Mamers (Orne) avec le groupe hospitalier du Havre (Seine-Maritime) — au travers de pôles interétablissements et d'inter-CME. Valérie Péra estime qu'il s'agit d'une "vraie usine à gaz".

Comme d'autres, l'EPS d'Évreux a donc demandé à l'ARS une dérogation pour ne pas être intégré à un GHT, "marié à un établissement support", comme l'indique la présidente de CME. Et pour continuer à travailler en collaboration avec les établissements MCO, ce qui est le cas de facto depuis des années. Pour le moment, l'ARS n'a pas répondu à cette demande, souligne Valérie Péra. Et ce silence semble peser dans le mécontentement de la CME. De son côté, contactée par Hospimedia, l'ARS de Normandie ne souhaite pas communiquer à ce stade sur le sujet, "les négociations dans le cadre des GHT étant toujours en cours". Le comité technique d'établissement (CTE) et le conseil de surveillance ont de leur côté soutenu à l'unanimité la position de la CME.

Une pétition est lancée
Le Nouvel hôpital de Navarre a lancé le 14 avril une pétition via Internet qui a "vocation à être reprise par tous les établissements de psychiatrie" concernés "d'être inscrits dans les exceptions de la loi sur les GHT". Cette pétition sera adressée à tous les directeurs généraux d'ARS et à la ministre des Affaires sociales et de la Santé.