psy, debout

A propos de la soirée de la folie ordinaire
Quelques mots de rappel: depuis 6 ans patients et soignants du centre Artaud de Reims produisent chaque année une semaine de la folie ordinaire (SDLFO) en contrepoint de la bien-pensante semaine de santé mentale.
Cette SDLFO est le fruit d’un travail entre tous les clubs thérapeutiques du pôle, ainsi que le GEM et Humapsy, autrement dit un groupe patients/soignants luttant contre les clivages et pour une psychiatrie humaniste. Au programme une exposition à la Maison de la Vie Associative, une soirée sur la psychiatrie dans son vécu quotidien avec des tables rondes et des moments d’expression créative.
Ce passage au public ne serait pas possible, de même qu’une militance partagée sur les enjeux de la psychiatrie, s’il n’y avait pas eu un travail sur la longue durée de psychothérapie institutionnelle, insistant sur le pouvoir instituant des patients et des soignants dans le Collectif. Le collectif des 39 a constitué un point premier de ralliement contre les discours sécuritaire de l’Etat, et aujourd’hui ce qui se passe avec “nuit debout” constitue un nouveau catalyseur essentiel. Certains ont pu aller à la manif parisienne contre la loi El Khomri du samedi 9 avril en emportant avec eux les panneaux confectionnés à Reims.
Nous allons appeler à la manif de jeudi prochain à Reims et si Ville Evrard comme nous l’espérons appelle à une manif nationale contre les GHT et pour une psychiatrie humaniste, nous en serons.
Il est important de préciser que dès sa fondation en 1980 le travail initié l’a été à partir d’une double approche à conjuguer dans nos praxis : psychanalyse et politique, avec en 1985 la fondation de l’association la Criée qui organise séminaires, conférences, colloques tous les deux ans, stages d’été et tout au long de l’année.
Cette année nous travaillons sur “le Collectif à venir” à partir des séminaires d’Oury, mais aussi de Castoriadis et surtout de nos pratiques
Tous les renseignements sur le blog de la Criée
le lien vers le blog de la criée: lacriee51.blogspot.fr
Quelques mots à propos de ce qui s’est passé lors de la soirée de la folie ordinaire, qui se tenait donc pour la 6° année consécutive.
Au delà des prestations formidables et émouvantes de la fanfare Artos et des ateliers d’expression des clubs, il s’est passé un évènement politique.
Nous avons diffusé à 300 exemplaires les communiqués des 39 sur les GHT et sur la situation catastrophique de la psychiatrie, et la première table-ronde s’est transformé en meeting politique sur la situation de la psychiatrie.
Salle comble: près de 350 personnes, et donc la table-ronde avec Gérard Rodriguez et Matthieu Dissert pour Humapsy, et moi pour les 39.
Serge Klopp ayant fait le déplacement, de même que Thierry Najmann et l’équipe d’Asnières avec radio retransmettant en direct les débats et journal, Serge et Mathieu Bellahsen cooptés spontanément par les rémois ont rejoint la table-ronde. Serge a pu faire part des luttes qui se sont menées à Thonon et plus récemment à Ville Evrard, et nous avons expliqué la catastrophe que représentent les GHT et cette maudite loi de santé pour la psychiatrie que nous pratiquons et que nous voulons continuer. Une psychiatrie à visage humain, respectueuse de chacun, patients, soignants et familles.
Le public composé essentiellement de patients et de familles, mais aussi d’amis et de collègues était très réactif à l’information, et découvrait cette réalité que beaucoup trouvaient incroyable et scandaleuse. Avec une demande très forte d’action immédiate: certains étaient prêts à aller manifester tout de suite en ville!
Beaucoup nous ont laissé leur mail pour mener une action collective et nous allons maintenant réfléchir ensemble aux suites à donner sur un plan local, mais en nous coordonnant avec les lieux qui s’insurgent dès maintenant: Asnières et Ville Evrard étaient là hier soir. Je pense que tous ceux qui le peuvent pourraient mener des actions locales, et que nous pourrions nous coordonner.
Pas plus d’idées plus précise pour le moment, sauf que ne rien dire et ne rien faire là ou nous travaillons me paraitrait indigne.
Nous n’avons pas à laisser la place et la parole à tous ceux qui sont prêts à collaborer pour un plat de lentilles!
Si un meeting a lieu à Toulouse avec les Psy-causent, c’est tant mieux; mais d’ici là nous pourrions en faire d’autres partout où nous sommes, d’autant plus que les contours des GHT, leur règlement intérieur sont laissés à la charge de chaque ARS, donc régionalisés.
L’idée étant de nous faire collaborer à notre propre destruction!
Nous pouvons et nous avons à résister et à nous tenir dans une position de contre-offensive: qu’avons-nous à perdre??
Patrick Chemla